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Une urgence devenue un rituel. l'Université Marien N'Gouabi une nouvelle donne ? Le temps cours à la rigueur, chacun est responsable de sa survie. Les docteurs hors sens propre

À l’Université Marien N’Gouabi, la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines (FLASH) n’a rien perdu de son prestige historique. Mais derrière ses bâtiments à la peinture écaillée et ses couloirs chargés d’histoire, se cache aujourd’hui une tout autre réalité : celle d’un combat quotidien pour la survie académique.

Depuis le lundi 4 août 2025, les étudiants ont entamé les sessions de rattrapage des semestres impairs, une période souvent redoutée mais désormais redéfinie. Là où les rattrapages s’effectuaient autrefois par écrit, ils se déroulent désormais oralement une réforme introduite durant l’année universitaire 2024–2025 et qui continue de faire grincer des dents.

Une réforme à double tranchant. Selon les autorités de la faculté, ce changement s’inscrit dans une logique d’évaluation en temps réel” et de “gain d’efficacité”. Les enseignants peuvent désormais juger les étudiants directement, sans passer par de longues corrections.

Mais sur le terrain, la perception est tout autre. Pour beaucoup d’étudiants, cette méthode installe un climat d’injustice et de stress. “À l’écrit, on avait le temps de réfléchir, de reformuler. À l’oral, tout se joue en quelques secondes. Si tu paniques, tu es fini”, confie un étudiant en licence de communication.

Cette déontologie, censée fluidifier le processus, semble surtout profiter aux enseignants : ils gagnent du temps, mais les étudiants, eux, en perdent leur assurance et parfois même leur semestre.

Au cœur de cette réforme, un problème persiste : l’absence de cadre strict dans la gestion du temps et des plannings.

Certains docteurs fixent leurs séances d’examen sans respecter les délais officiels, d’autres improvisent à la dernière minute. “On peut t’appeler le matin pour te dire que tu passes à 13 heures, ou t’annoncer que l’examen est reporté sans préavis. On vit dans l’incertitude totale”, se plaint une étudiante de la filière Lettres modernes. Ces pratiques, de plus en plus fréquentes, nourrissent un sentiment d’amertume. L’évaluation semble parfois dépendre moins des compétences que de la chance ou du bon vouloir du correcteur.

Face à ce contexte, les étudiants de la FLASH développent une résistance quasi héroïque. Entre révisions à la dernière minute, longues files d’attente devant les bureaux des professeurs et échanges tendus lors des passages, chacun tente de sauver ce qui peut l’être.

“C’est devenu une question de survie. On ne cherche plus seulement à valider nos semestres, mais à ne pas être humiliés”, résume sobrement un étudiant de deuxième année.
Les scènes de tension ne manquent pas : certains étudiants sortent des oraux les larmes aux yeux, d’autres exultent de soulagement après un verdict favorable. Dans les couloirs, on murmure, on se conseille, on se rassure. La solidarité devient le seul rempart contre la peur. Au-delà du cas de la faculté, cette situation reflète un problème plus profond du système universitaire congolais : le manque d’organisation, la surcharge des enseignants, l’insuffisance d’espaces et de moyens adaptés.

La FLASH, jadis symbole de prestige intellectuel, semble aujourd’hui crouler sous le poids de ses contradictions. Les étudiants, eux, oscillent entre désillusion et espoir, convaincus que l’avenir de l’université dépendra d’une réforme plus équitable et plus humaine.

À mesure que les jours avancent, les rattrapages se poursuivent dans une atmosphère d’épuisement et de tension. Les voix s’élèvent, parfois discrètement, parfois ouvertement, pour réclamer un retour à des pratiques plus justes et plus transparentes.

“Nous ne refusons pas l’évaluation orale, mais nous voulons qu’elle soit encadrée, organisée, et respectueuse de la dignité de l’étudiant”, plaide un représentant des étudiants.

Entre la volonté d’innover et la réalité du terrain, la FLASH avance à tâtons. Ce qui devait être un progrès pédagogique semble, pour l’instant, avoir ouvert la porte à de nouvelles formes d’injustice.

Et pendant que les docteurs poursuivent leurs sessions à leur propre rythme, les étudiants, eux, continuent de se battre  non plus seulement pour leurs notes, mais pour la reconnaissance d’un système qui semble les avoir oubliés.


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