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CHRIST KIBELOH : la voix d’une littérature engagée au cœur du monde


Après plusieurs années de silence, l’écrivain et scénariste congolais Christ Kibeloh revient sur le devant de la scène avec une œuvre hybride et engagée. Entre introspection, réflexion philosophique et appel à l’unité, il affirme une voix littéraire singulière dans le paysage francophone contemporain.

Par: Eliezer Mambou  -  20 Février 2026  -  15:30


Né le 19 juin 1995 à Brazzaville, en République du Congo, Christ Kibeloh grandit dans un environnement où la mémoire familiale et la transmission occupent une place centrale. Très tôt attiré par le football, il envisage un temps une carrière sportive avant que des blessures ne viennent interrompre ce rêve.

Ce revers marque un tournant décisif. L’écriture s’impose progressivement comme un espace de reconstruction et d’expression. Installé en France à partir de 2010, dans le sud-ouest du pays, il développe une identité culturelle à la croisée des mondes, entre héritage congolais et expérience européenne.

Christ Kibeloh publie son premier roman, Rayane l’orphelin, en 2016. L’ouvrage lui vaut d’être récompensé par le Prix Jeune Auteur de l’Académie du Bassin d’Arcachon en 2017. 
D’autres romans suivent rapidement : Retour en arrière Issa, Marie et Une vie d’enfer.

Ses premiers textes explorent déjà des thèmes qui deviendront récurrents dans son œuvre : la résilience, la quête identitaire, les fractures sociales et la force des liens humains. Une littérature ancrée dans le réel, portée par une écriture directe et sensible.
Avec Mon regard sur le monde, publié en 2026, l’auteur franchit une nouvelle étape. L’ouvrage, à mi-chemin entre l’essai et la fiction, marque un approfondissement de sa réflexion.
Il y développe notamment la notion d’« âme sans passeport », concept qui invite à dépasser les appartenances nationales ou communautaires pour reconnaître une humanité commune. L’auteur y critique également les dérives de l’individualisme contemporain et appelle à une responsabilité collective face aux injustices sociales.

Il confie à la rédaction que: « Si j'utilise aujourd'hui le mot comme un scalpel, c'est parce que je refuse de voir notre continent et notre monde s'habituer à leurs propres fractures.
​Mon diagnostic est sans concession : nous souffrons d'une déshumanisation silencieuse. Que ce soit l'exploitation des talents qui vide l'Afrique de son génie, ou ces frontières qui tentent de mettre des cages à nos esprits, le mal est profond. Chaque dissection que je fais dans "MON REGARD SUR LE MONDE" est un acte de vérité dicté par mon amour pour le Congo, mais aussi par mon devoir envers l'Afrique et ma terre d'accueil, la France.

​Mais mon travail ne s'arrête pas à la dissection. Si je pose un diagnostic chirurgical, c'est pour mieux entamer ce que j'appelle la couture sociale. Écrire, pour moi, c'est prendre l'aiguille de l'artisan pour recoudre les déchirures entre nos mondes et soigner ce qui nous empêche d'avancer.

 Mon but est que l'âme humaine ne soit plus une question de passeport, mais une question de dignité.

​C’est ensemble, en tant que bâtisseurs, que nous ferons rayonner cette lumière qui finit toujours par se relever là où les cultures se rencontrent vraiment »

À travers des récits courts et des passages plus analytiques, il propose une vision du monde fondée sur la dignité, l’élévation et la réappropriation de soi. Loin d’un discours victimaire, il plaide pour une posture active : comprendre, se relever, agir.
Dans plusieurs entretiens récents, Christ Kibeloh insiste sur la nécessité de dépasser les clivages politiques, culturels et générationnels. Il affirme ne pas vouloir « pointer du doigt » mais ouvrir un espace de dialogue.

Son discours s’adresse particulièrement à la jeunesse africaine et diasporique. Il évoque les traumatismes liés à l’histoire coloniale, aux conflits ou aux fractures sociales, tout en appelant à ne pas s’y enfermer. Pour lui, la reconstruction passe par la conscience, mais aussi par l’action.

Cette posture lui vaut autant d’adhésions que de débats. Certains saluent une parole lucide et rassembleuse, d’autres interrogent la radicalité de certaines positions. Mais tous reconnaissent la cohérence d’un engagement assumé.

Chez Christ Kibeloh, l’écriture n’est pas qu’un exercice littéraire : elle relève presque d’une mission. Il évoque souvent une dimension spirituelle dans son travail, considérant la littérature comme un moyen de transmission et de guérison collective.

Cette approche se traduit par une langue épurée, parfois austère, mais volontairement dense. Chaque phrase semble pesée, pensée comme un acte. Il revendique une écriture de la verticalité, se tenir debout, malgré les épreuves plutôt qu’une écriture de la plainte.
Dans son passage  VII et VIII de son nouvel ouvrage MON REGARD SUR LE MONDE, Christ KIBELOH revient sur l’immortalité de la richesse littéraire face à la montée en vague des fausses informations mais aussi du numérique. Un passage auquel il met un accent sur l’impact et le défis actuel d’une société où l’internet prend considérablement une majorité de la pensée humaine.

« Au terme de cette réflexion, une question s'impose, brutale et inévitable : quel est le rôle de celui qui manie le verbe dans un monde qui s'effondre ? L'intellectuel n'est pas un observateur passif contemplant le chaos de loin. Dans une époque saturée de fausses informations et de publicités déguisées en vérité, l'écrivain a une responsabilité immense : celle de nommer les choses pour les empêcher de disparaître dans l'oubli. Un mot mal choisi peut diviser, un mot juste peut guérir.  […] Nous vivons dans un monde qui a peur du silence et de la lenteur. Tout doit aller vite : l'information, la consommation, les relations. Cette vitesse nous empêche de réfléchir en profondeur. Elle nous maintient à la surface des choses. Pour combattre la division, nous devons réclamer le droit à la lenteur. Il faut du temps pour comprendre l'autre, pour écouter son histoire sans le juger. La haine va vite, l'amour et la compréhension demandent du temps.
Les réseaux sociaux ont créé des chambres d'écho où nous n'entendons que ce que nous pensons déjà. […] La sagesse n'est pas dans le clic rapide, elle est dans la réflexion posée. »

Une voix montante de la littérature francophone

À seulement trente ans, Christ Kibeloh s’inscrit dans une génération d’auteurs africains qui redéfinissent les contours de la littérature francophone contemporaine. Son parcours, entre Congo et France, nourrit un regard transnational et une volonté affirmée de bâtir des ponts.

Alors qu’il annonce de nouveaux projets, dont un roman en préparation centré sur la mémoire et l’histoire congolaise, son œuvre continue de susciter l’intérêt d’un public élargi.

Dans un paysage éditorial souvent dominé par les logiques commerciales, Christ Kibeloh défend une autre voie : celle d’une littérature exigeante, habitée, tournée vers l’élévation de l’homme.

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